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გივი ღამბაშიძის წიგნის პრეზენტაცია ნათელა ნიკოლაძის მიერ

Présentation par Nathela Villecourt Nicoladze du livre dédié à la mémoire de Guivi Hambashidzè

 

 

Vidéo

Nathela Villecourt-Nicoladzè présente aux Archives Nationales de Géorgie  le livre dédié à Guivi Hambashidze -traduction simultanée par Thamar Dakheli

 

 

Voir la lettre du 3 juin 1923 écrite par Média Hambachidze dans Tbilissi endeuillée.

გაეცანით მედია ღამბაშიძის წერილს დაწერილი მგლოვიარე თბილისიდან 3 ივნისს 1923 წ

 

Journal de Média :

 

15 Août 1921 ( elle est à Londres)

J’ai reçu une lettre de Maman, de Constantinople, j’apprends que Guivi est déjà en France ? Que fait-il ? Je vais demander à David de s’occuper de Guivi au lieu de moi ?

Le pauvre, je viens de recevoir une lettre à fendre le cœur. Il a des idées si noires que j’en ai pleuré ? Aujourd’hui j’ai prélevé une des trois livres de mon salaire et la lui ai envoyée à Paris.

J’ai une immense pitié de lui, seul, dans un pays étranger, et si pouvais, je partirai aussitôt pour être à son côté. Il aurait dû rester avec les nôtres à Constantinople.

 

18 Septembre 1921

La situation de Guivi me soucie beaucoup. Je le plains, mais ne sais comment l’aider. Ce serait terrible qu’il s’engage dans la Légion Etrangère, on l’enverrait aussitôt au Maroc : pourquoi risquer sa vie pour un autre pays que le sien ?

Il m’écrit ; « ma seule issue, c’est la Légion, si je ne trouve pas de travail. Bienheureux Chalico Eristavi – il est mort si vite sur le champ de bataille devant Tbilissi, dans les jardins de Sozara. Il est tombé avec les autres et son nom restera éternel, de même que celui de Maro Makhachvili. Ils sont tous les deux en paix.

Les bolchéviques n’avaient sans doute pas de balle pour moi, bien que j’en ai entendu plus d’une siffler à mes oreilles. Des obus m’ont plusieurs fois plaqué à terre couvert de boue. Mais ce bonheur que l’on appelle « mort pour la Patrie » a chaque fois m’échappait. Sans doute n’en valais je pas la peine.

Je suis maintenant en France, attendant quelque chose, mais quoi ? «

 

Quoi, en effet, quand à vingt ans à peine, on a perdu son pays, ses amis, que les siens sont éparpillés à l’étranger. Quel espoir garder ?

 

26 Septembre 1921

Papa n’a toujours pas quitté Tbilissi. Guivi a heureusement trouvé du travail : 3 semaines de vendanges, ainsi il ne mourra pas de faim.

Si David voulait bien me rendre mon passeport et me donner une dizaine de livres, je foncerais à Paris.

 

19 Novembre 1921 : grand jour, Papa est arrivé à Constantinople. J’ai relu plusieurs fois la lettre pour m’en persuader. Comme je suis heureuse. Nous allons bientôt ê tre réunis.

 

31 Décembre 1921

Cette méchante, attristante et malheureuse année se termine enfin ! Je suis toujours à Londres et je ne sais toujours pas quand je pourrai partir. C’est mon troisième Noël ici, loin de tous les miens. Je désire si fort que l’année, 1922 nous apporte enfin quelque chose d’agréable. Espérons.

Je n’ai plus envie de continuer mon journal.

 

1922 : Média rejoindra les siens à Constantinople. Ils sont enfin réunis dans deux petites chambres du quartier de Cbatache.

Pas pour longtemps, car Guivi, après avoir tenté de trouver du travail à Berlin est revenu de France. Il décide, taraudé par la nostalgie et le souvenir de ses amis morts ou disparus de repartir en Géorgie, contre l’avis de Wachtang.

Média le suit en Septembre, ayant promis à son père de ne pas rester plus d’une année à Tbilissi.

 

1923 : lettre de Média, de Tbilissi

 

 

 

Janvbier1923 Il y a encore deux à trois mois, la vie paraissait supportable, tout au moins, pour moi. Depuis Décembre, cela est devenu terriblement dur. Ils resserrent l’étau : les arrestations de nuit deviennent une habitude, ils viennent de déporter 90 prisonniers politiques en Russie, ils en avaient déjà expédié 65 en Allemagne le mois dernier, et fusillé plus de 50 personnes, principalement des jeunes sans qu’on en sache la raison. Ils viennent de fusiller cinq jeunes officiers ces jours ci.

Ils ont renvoyé de leurs emplois des Géorgiens pour les remplacer par des Russes ou des Arméniens. Ils russifient à nouveau l’Université et ont mis en place une épuration : tous ceux qui ont été emprisonnés une fois à Métekhi, même sans condamnation ultérieure ; ceux qui n’ont pas été présents à un examen, quel qu’en soit le motif, sont renvoyés définitivement. Vous imaginez leur désolation.

C’est pour cela que vous ne rencontrez que des jeunes qui désirent partir à l’étranger et vivre libres. J’ai eu de grandes discussions, expliquant combien vivre sans argent était dur, qu’on ne pouvait ni étudier ni trouver du travail. Ils me redisaient sans c esse « cela ne fait rien, on fera l’ouvrier, n’importe quoi pour sortir de leurs griffes ».

Je compatis à leurs souffrances et suis de tout cœur avec eux, d’autant plus que, ici, personne ne peut les aider. Ils vendent tout ce qu’ils peuvent avoir pour trouver à manger. L’intelligentsia est la plus à ; plaindre car, outre la faim, elle souffre moralement. Les seuls à se débrouiller sont les marchands et les spéculateurs.

Par ailleurs la ville est pleine de monde, surtout de Russes et d’Arméniens. Les Russes arrivent chaque jour et, comme en Géorgie rien n’a été construit pendant des années, on confisque les appartements pour loger ces monstres. Il arrive de mettre 3 à, 4 familles dans le même appartement pour libérer de la place.

Je regrette de ne donner que des nouvelles déplaisantes, mais ces salauds nous sucent le sang ! Comme aucun soutien ne nous vient de l’étranger, notre pauvre petit pays est en train de sombrer et ne va pas se relever de sitôt. A mon arrivée, chacun me demandait anxieusement s’il y avait un quelconque espoir d’une aide européenne ? Hélas ! Je n’ai pu réconforter personne. Qui donc s’intéresse à nous ?

Ici, on ne peut plus parler librement, à chaque pas vous pouvez croiser un mouchard ; on ne sait plus à qui se fier, untel que tu crois ton ami, ira te dénoncer. On ne peut plus respirer librement.

Cela fait quatre mois que je vis à Tbilissi et n’ai cessé de vivre des moments pénibles ?. Guivi a été arrêté dès son arrivée. Accusé d’espionnage, on l’a enfermé deux mois à Métekhi. J’ai dû lui porter ses repas et mendier auprès de tous les communistes géorgiens sa libération. A la fin, j’ai réussi et ils l’ont libéré à l’occasion du Manifeste. Puis, ils ont décidé de prendre notre appartement, pas seulement quelques chambres ! ils nous ont mis dehors. Un matin ils sont arrivés avec l’ordre de vider tous les meubles et de prendre nos affaires sur le champ. Ils nous ont poussés comme des moutons dans la cour, Guivi, moi et les cinq personnes qui habitaient avec nous. Là on nous a désigné trois débarras minuscules.

Les théâtres sont par ailleurs ouverts et fréquentés par les quelques uns qui le peuvent : pour oublier leur triste situation ? Mais, bien qu’attristée par mon séjour, quitter à nouveau Tbilissi et abandonner encore une fois ma patrie me peine tant que je dis qu’il est préférable d’y rester et vivre ensemble, ici, les mille tourments de l’enfer.

Que vive la GÉORGIE ET LE PEUPLE GÉORGIEN !

 

 

Média rentre donc prématurément en mars 1923 à Constantinople, laissant son frère Guivi , seul, à Tbilissi. Elle  trouve du travail, à la Banque Ottomane.

Wanda part pour la France , à la recherche d’un logement et d’un travail.

De Géorgie, des nouvelles épouvantables arrivent sans cesse à la connaissance des réfugiés.

 

Le 3 Juin 1923. Journal de Média, à Constantinople

 

De ma vie je n’ai vécu une journée aussi émouvante, insoutenable de douleur et de deuil. A Londres, je n’arrivais pas à croire à la réalité de ce que je lisais. Malgré mes pleurs, je gardais un peu d’espoir, mais aujourd’hui une chape est tombée sur moi, l’envie de vivre me quitte. Mon seul but était d’aider mon pays, de faire connaître à l’Europe l’histoire glorieuse et douloureuse d’un ancien et petit pays torturé sans vergogne.

Chaque jour il nous arrive des informations toutes plus terribles les unes que les autres et, comme des hommes entravés, nous sommes impuissants à aider n os frères. Après la tyrannie de ces deux années, le seul rayon d’espoir de libération a disparu, écrasé par leurs bottes méprisables.

A Tbilissi, j’avais découvert qu’il y avait encore des héros qui se battaient pour la liberté et préparaient des actions. Hélas, les démons l’ont appris, les ont arrêtés et ont pris leurs vies.

Le sanctuaire dont parle notre poète Barathachvili était pour moi le groupe des Conjurés de Tcholokhachvili.  Ils essayaient avec tant de courage de lutter contre l’extermination J’étais avec eux, de corps et d’âme. Mon cœur battait, mes muscles vibraient avec les leurs. De battre, maintenant, mon cœur s’est arrêté. L’adversité a fermé pour moi la porte de la consolation.

Hier, Dimanche 2 Juin, dans le Monastère catholique géorgien de Constantinople a té célébré l’Office des Morts pour nos vingt héros. Presque toute la colonie géorgienne était là pour cette journée que l’on sentait historique, la première vécue à l’étranger. Nous ne nous rencontrions plus qu’aux offices commémoratifs et aux enterrements ; les jours heureux, pour nous, semblaient terminés. Réunis nous voulons saluer leur mémoire éternelle.

Dans l’église couverte de voiles noirs, l’homélie du Père Chio illustra bien notre malheureuse situation. En l’écoutant, j’avais présents à l’esprit les visages de tous ceux que j’avais  connus ; K. Abkhazi, D Tchrideli,  les généraux  Tsouloukidzé, A. Andronikachvili, les officiers Simon Bagration, Pharnaoz Kazalachvili : Jason Kéressélidzé, Elizbar Goulichvili, Levan Kldiachvili, Micha Zandoukeli, Simon Tjiabrichvili,Alexandré Matjavariani, et d’autres encore….

Au souvenir( de leur mort affreuse je ne pus retenir mes larmes, personne d’ailleurs ne le pouvait. Mais c’est nous qui sommes à plaindre, nous qui vivants, ne pouvons continuer leur noble combat. Jamais je n’oublierai l’instant où l’orgue a joué, solennel et poignant note hymne national « Didéba ».J’étais transportée, ne sachant plus si j’étais vivante, avec les nôtres ou ailleurs à côté des héros honorés.

Epuisés, blessés, douloureux et bouleversés, nous nous sommes rassemblés dans l’une des salles. Certains ont fait des discours qui firent encore couler des larmes.

Que votre souvenir soit éternel, vous, les sacrifiés, frères chéris, pour toujours immortels.

 

Le 26 Juin 1923, lettre de Wanda de Paris : « Tâchez d’être ici pour le 20 Aoùt ».

 

Le 31 Juillet, télégramme de Wanda à Wachtang : Envoie Media et Sounana par le premier bateau.

 

Le 11 Août, journal de Média de Constantinople : quel programme ! Maman doit travailler toute la journée. Papa devra être ouvrier ou chauffeur. Sounana va partir comme gouvernante en banlieue. Georgette restera encore un an  au Collège. Guivi est toujours en Géorgie et on n’a aucune nouvelle. Moi je serai sans travail et devrai habiter chez des amis !!!!!

 

1er Septembre 1923 de Constantinople, lettre de Média à Wanda :

Très chérie Maman. Nous allons nous revoir bientôt. Aujourd’hui j’ai demandé  mon salaire des deux mois car nous en avons bien besoin. Bien sûr la Banque n’a pas un sou !! De moi même je me suis adressée au bureau Djakeli qui m’a payé à sa place. Comme ils seront contents à la maison.

 

Le 16 Septembre 1923 les deux sœurs et leurs parents s’installent 36 Avenue de Chatillon, aux portes de Paris, dans un deux pièces-cuisine. Média loue une machine à écrire pour s’entrainer à taper plus vite. Le 15 Octobre elle commence à travailler à la Lloyd’s Bank of England pour des semaines de 45 heures. Poste qu’elle conservera. Guivi les rejoindra en 1925

 

 

 

 

Du journal de Georgette :

 

Fevrier 1921 dans le train de la Croix Rouge :

…A Kaqchouri, au moment de choisir soit de retourner à Tbilissi, soit d’aller à Batoumi, nous vîmes soudain Guivi au milieu d’un groupe » de soldats, il était  dans un état d’épuisement total, ne pouvait articuler un mot.

 

Guivi, contrairement à la volonté de notre père, retourna en 1922 en Géorgie, dont il était si nostalgique.  Là-bas il s’est fait emprisonné à Métekhi.

 

Libéré après six mois passés en prison, il tenta de fuir par la Turquie avec un ami, mais ils furent arrêtés à la frontière part les Turcs, qui en accord avec le gouvernement communiste renvoyaient les fugitifs pour être fusillés en Géorgie.  Guivi envoya alors un télégramme à Papa qui connaissait le Ier ministre truc Enver Pacha. Grâce à l’intervention de mon père, Guivi fut autorisé à partir pour la France, nous rejoindre.

 

Mais à son retour à Paris, nous avions remarqué que Guivi n’était plus le même ; déprimé et silencieux.  A certains moments, apparemment, il paraissait mieux, comme il était d’un naturel joyeux sa gaité revenait par à-coups. Mais ce n’était qu’une façade.

 

Une nuit, la police française vint à la maison annoncer à nos parents qu’on avait trouvé Guivi mort, il s’était tiré une balle dans la bouche, non loin de la maison.

Maman ne surmonta jamais cette tragédie. Jamais je n’aurai pu imaginer ce qui lui était arrivé. Lui, qui aimait tant la vie, qui était si ouvert, avant que la terrible expérience de la prison ne le frappe, il pensait à chaque instant être fusillé….

 

 

 

Lettre du 3 juin 1923 écrite par Média Hambachidze dans Tbilissi endeuillée.

გაეცანით მედია ღამბაშიძის წერილს დაწერილი მგლოვიარე თბილისიდან 3 ივნისს 1923 წ

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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